La courgette est composée à environ 95 % d'eau. Ce n'est pas un défaut en soi, mais cela explique tout : dès qu'elle chauffe, elle relâche son jus et transforme un plat prometteur en piscine tiède. Le gratin, lui, devient détrempé, la béchamel se dilue, le fromage flotte. Le problème n'est pas la cuisson, c'est ce qui se passe avant d'enfourner. La bonne nouvelle, c'est qu'il existe plusieurs façons de régler le tir, certaines en quelques secondes, d'autres qui demandent un peu d'anticipation.
Faut-il faire dégorger les courgettes ou les blanchir ?
Le dégorgement au sel est la méthode classique : on saupoudre les rondelles de gros sel, on les laisse reposer dans une passoire une trentaine de minutes, puis on rince, on éponge et on cuisine. Cela fonctionne, mais cela prend du temps et demande de penser à le faire avant de commencer la recette.

Le blanchiment, lui, est plus rapide et tout aussi efficace. C'est la technique que Laurent Mariotte utilise pour ses gratins. Concrètement : épluchez les courgettes en gardant une lanière de peau sur deux, coupez-les en rondelles d'environ 1 à 1,5 cm d'épaisseur, puis plongez-les dans une casserole d'eau bouillante salée. Comptez 10 minutes à partir de la reprise de l'ébullition. Égouttez soigneusement, et vos courgettes sont prêtes à être assemblées avec béchamel, fromage râpé ou autre garniture. Enfournez ensuite 30 minutes à 180 °C. Le temps de cuisson au four s'en trouve réduit, puisque les légumes sont déjà presque cuits.
Cette méthode présente un avantage supplémentaire : elle ne nécessite pas de sel en excès et ne laisse pas les courgettes imbibées d'humidité résiduelle comme peut le faire un simple égouttage.
La précuisson à la poêle ou à la vapeur, une valeur sûre
Le blanchiment n'est pas la seule option. Faire sauter les rondelles dans une poêle avec un filet d'huile d'olive et des herbes pendant une dizaine de minutes permet aussi d'évaporer une partie de l'eau avant le passage au four. La vapeur fonctionne également, à condition de bien égoutter les courgettes ensuite.
Une autre variante : les faire rôtir au four avec un peu de sel pendant une dizaine de minutes. Cela les sèche en surface tout en les gardant fermes. Dans tous les cas, surveillez la cuisson : l'objectif est de retirer l'excès d'eau, pas de transformer les courgettes en purée. Une courgette trop cuite avant d'entrer dans le plat à gratin perd sa texture et ne rend plus rien de bon.
Si vous avez précuit vos courgettes, pensez à réduire le temps de cuisson final du gratin. Les légumes sont déjà tendres, il n'est pas nécessaire de les laisser 45 minutes au four.
Choisir les bonnes courgettes, un critère trop souvent négligé
Toutes les courgettes ne se valent pas face à l'eau. Les petites courgettes, fermes et sans flétrissures, contiennent moins d'eau que les grosses. La raison est simple : chez les gros spécimens, la partie centrale contenant les graines est plus développée, et c'est précisément cette zone qui rend le plus de jus à la cuisson.
Si vous n'avez que de grandes courgettes sous la main, coupez-les en quatre dans la longueur et retirez les graines à l'aide d'un couteau. Vous éliminez ainsi la partie la plus aqueuse du légume. Autre conseil : privilégier des courgettes bio et conserver la peau. Elle aide le gratin à mieux se tenir et apporte une texture légèrement plus ferme à l'ensemble.

L'astuce des ingrédients secs pour absorber l'excès d'eau
Quand on manque de temps, il existe une solution express : tapisser le fond du plat à gratin avec des ingrédients secs qui vont absorber l'eau rendue par les courgettes pendant la cuisson. Plusieurs options s'offrent à vous :
- Riz, semoule ou boulgour secs déposés au fond du plat : ils cuisent dans le jus des courgettes et absorbent le liquide excédentaire. C'est une façon simple de transformer un gratin de courgettes en plat complet.
- Polenta sèche : elle joue le même rôle que la semoule et apporte une texture légèrement différente.
- Farine ou lait en poudre mélangés à la sauce : ils épaississent le tout sans changer radicalement le goût.
Attention, ces techniques ont un effet de bord : elles alourdissent le gratin et le rendent plus consistant. Ce n'est pas un problème en soi, mais cela change le résultat final. Si vous cherchez un plat léger, la précuisson reste préférable. Si vous voulez un gratin nourrissant, l'option semoule ou riz est parfaite.
Les erreurs qui font échouer un gratin de courgettes
Certaines habitudes semblent anodines et pourtant elles compromettent tout. En voici les plus fréquentes :
- Couper les courgettes trop fines : plus les rondelles sont fines, plus elles libèrent d'eau rapidement et plus elles se délitent à la cuisson. Des rondelles de 1 à 1,5 cm tiennent mieux.
- Oublier d'égoutter après une précuisson : que ce soit après un blanchiment ou une cuisson vapeur, il faut vider l'eau et éponger les courgettes avec du papier absorbant. Une précuisson mal égouttée ne sert à rien.
- Surcharger le plat : plus il y a de courgettes entassées, plus l'eau s'accumule. Mieux vaut un plat bien réparti qu'une montagne de légumes.
- Ne pas saler au bon moment : saler les courgettes crues juste avant d'enfourner les fait rendre leur eau pendant la cuisson. Si vous ne les précuisez pas, salez plutôt la sauce ou la béchamel.
- Cuire trop longtemps au four : une fois les courgettes précuites, 30 minutes à 180 °C suffisent. Au-delà, elles continuent de rendre leur eau et le gratin se détrempe.
Adapter sa méthode selon le temps disponible
Le choix de la technique dépend surtout de votre planning. Voici un récapitulatif pour décider rapidement :
| Méthode | Temps nécessaire | Résultat attendu |
|---|---|---|
| Dégorgement au gros sel | 30 minutes + rinçage | Courgettes sèches, goût préservé, mais nécessite d'anticiper |
| Blanchiment à l'eau bouillante | 10 minutes + égouttage | Rapide, efficace, réduit le temps de cuisson au four |
| Sauté à la poêle | 10 minutes | Évapore l'eau, ajoute un léger goût de grillé |
| Rôtissage au four | 10 minutes | Sèche les courgettes en surface, les garde fermes |
| Ingrédients secs en fond de plat | 0 minute | Absorbe l'eau pendant la cuisson, mais alourdit le plat |
La méthode de Laurent Mariotte, le blanchiment, est sans doute le meilleur compromis entre rapidité et efficacité. Elle ne demande que dix minutes, ne nécessite pas de surveillance particulière, et règle le problème à la source en éliminant une grande partie de l'eau avant même d'assembler le gratin.
Une précision utile : cette technique s'applique aussi à d'autres légumes gorgés d'eau comme les brocolis ou le chou-fleur. Si vous avez l'habitude des gratins de légumes ratés à cause d'une texture liquide, le blanchiment est votre allié.
La décision à prendre avant de cuisiner
La vraie question n'est pas de savoir quelle technique est la meilleure, mais de choisir celle qui correspond à votre contrainte du moment. Vous avez dix minutes devant vous ? Blanchissez. Vous préparez le gratin à l'avance ? Faites dégorger. Vous voulez un plat complet sans effort supplémentaire ? Tapissez le fond de semoule ou de riz.
Le seul vrai piège serait de ne rien faire et d'espérer que ça passe. Une courgette crue enfournée telle quelle rendra toujours son eau, quelle que soit la qualité du fromage ou de la béchamel. Un minimum de préparation, même rapide, change tout. Et si vous testez le blanchiment une fois, vous ne reviendrez probablement pas en arrière : c'est la méthode qui demande le moins de gestes pour un résultat net, sans goût de sel excessif et sans texture pâteuse.
